Le Télétravail vient chambouler notre rapport public/privé

Le Télétravail vient chambouler notre rapport public/privé

Télétravail : Bien plus qu’une solution technique

On ne va pas se mentir, le télétravail nous en rêvions, et maintenant qu’il est là, nous sommes comme le lapin pris dans les phares de la voiture. Incapables de prendre le recul, pris dans un rythme où notre espace intime s’est réduit comme peau de chagrin, nous avons du mal à comprendre ce qui est en train de se passer. Alors, un petit “arrêt sur image” s’impose, non ?

Cette impression de vivre dans le dernier reality show, tourne parfois très vite sur le mode « cauchemar en cuisine ». Sauf que là, il n’y a pas d’arbitre, d’œil extérieur sur nos pratiques. L’équilibre déjà précaire entre notre vie professionnelle et notre vie privée s’est rompu ces derniers mois. En parler ensemble, c’est vital.

Télétravail : Témoignages

Les enfants ne comprennent pas que j’occupe la cuisine toute la journée et me reprochent de ne jamais être disponible alors que je me tiens là, au beau milieu de l’appartement.

Je me sens coupable en permanence, de ne pas être disponible pour mes proches alors que physiquement je n’ai jamais été aussi présent.

Comme il n’y a que moi qui suis en télétravail, je me sens responsable de tout. Chaque jour est une course poursuite après mon temps, pour faire le ménage, la cuisine, les courses, tout en étant au minimum 8h devant mon écran et au téléphone.

Ma chef, avec laquelle ça se passait très bien jusqu’à présent, est devenue paranoïaque et fait des tonnes de procès d’intention. Elle n’a manifestement plus aucune confiance en elle, ni en moi et les projets partent en catastrophe… Je suis perdu et ne sais plus comment répondre aux attitudes nocives que je perçois.

Mon conjoint entend tout ce que je dis et me donne des conseils sur comment répondre à mes supérieurs.

Télétravail : Notre espace social est mis à mal autant que notre espace privé

Dire que par le télétravail c’est l’entreprise qui entre dans la vie privée et s’y arrêter, c’est réducteur et dangereux pour notre santé.

Quand nous parlons de l’endroit où nous travaillons, nous avons pris l’habitude de tout englober sous le terme d’entreprise. Mais ce terme n’est pas représentatif de ce que nous vivons quand nous travaillons. Travailler, c’est interagir avec notre environnement social, les collègues, les supérieurs, les clients, etc. C’est même la principale interaction sociale pour beaucoup d’entre nous, que le travail soit bénévole ou rémunéré.

Travailler, c’est aussi une façon de créer pour la communauté, d’exprimer une part sociale très importante pour l’individu que nous sommes. Alors quand nous télétravaillons, ce n’est pas que l’entreprise qui percute notre vie privée, c’est toute une sphère sociale, de rapports et d’enjeux qui vient envahir notre espace privé. C’est aussi un espace privé, intime, qui vient parfois interagir avec cette sphère sociale qui était jusque là protégée. L’équilibre est vite rompu si on n’y prend pas garde.

Mais ce n’est pas tout.

Le télétravail a gommé toutes les interactions humaines, nécessaires à notre équilibre.

En effet, j’ai beaucoup de mal à m’organiser, mais avant tout, c’est la façon de gérer les relations à distance qui me pose problème. Je suis habitué à prendre le café avec les collègues, à raconter le dernier film que j’ai vu, ou mon crush de la veille.

Tous ces petits échanges qui viennent remettre du lien là où l’organisation du travail les a supprimés, ont disparu. Et puis, après avoir raconté le dernier restau, c’est le dernier projet qui vient occuper l’espace. En conséquence, ces espaces informels n’existent plus, où le travail peut s’accomplir, où on peut échanger avec les collègues sur les problèmes que nous rencontrons les uns et les autres. 

Depuis qu’on a instauré le télétravail en continu, je n’ai plus aucun contact réel avec mes collègues et quand nous avons un peu de temps avant ou après les visioconférences, nous ne parlons plus « vraiment ».

Au final, c’est la sensation d’être de plus en plus seul.e face à mes responsabilités professionnelles qui me met mal à l’aise. J’ai besoin de sentir que j’en suis capable de nouveau, que la phase dans laquelle je suis n’est que transitoire et si le télétravail doit se pérenniser comme je l’entends à la télé, alors, je dois être préparé.e.

Télétravail : L’échange de pratiques s’impose

En psychologie, il y a un outil assez simple à mettre en œuvre, qui peut nous faire du bien à tous : Les ateliers d’échange de pratique.

Pour être capable de prendre du recul sur une situation professionnelle quelle qu’elle soit, il n’y a rien de mieux que d’en parler avec nos collègues, ceux qu’on appelle pompeusement “nos pairs”. Et qui sont nos pairs, dans le monde du télétravail ? c’est simple, les télétravailleurs sont tous et toutes des interlocuteurs privilégiés.

Peu importe le secteur d’activité ou le niveau hiérarchique, le télétravail est notre point commun. La seule exigence : respecter la parole de l’autre et rester bienveillant.

Encore une fois, le collectif est notre planche de salut. Nous pouvons nous épauler les uns, les autres, quel que soit le secteur d’activité. Comment ? en nous retrouvant, quand c’est encore possible, de façon informelle dans les parcs et jardins, dans la forêt, en conservant nos distances de sécurité, et en prenant l’air.

Parler de ce qui nous pose problème, c’est commencer à aller mieux.

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